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Gérard Laudin, « Voltaire historien du Saint-Empire : éléments pour une lecture croisée des Annales de l’Empire et de l’Essai sur les mœurs »

dimanche 8 janvier 2012, par Myrtille Méricam

Revue Voltaire 12 (2012), à paraître
Gérard Laudin, « Voltaire historien du Saint-Empire : éléments pour une lecture croisée des Annales de l’Empire et de l’Essai sur les mœurs »

Pour les chapitres concernant le Saint-Empire de l’Essai sur les mœurs et les Annales de l’Empire, Voltaire peut puiser dans des ouvrages, nombreux depuis la fin du XVIIe siècle, qui ont singulièrement élargi les connaissances relatives à l’Empire en les reliant à des enjeux majeurs de la réflexion politologique française du XVIIIe siècle : la paix perpétuelle, la féodalité, ainsi que, plus important encore, la réflexion sur l’absolutisme.

L’article aborde quelques grands moments de l’histoire de l’Empire (l’épisode de Canossa, les réformes institutionnelles de Charles IV autour de 1350 et de Maximilien au début du XVIe siècle, ainsi que l’Empire moderne d’après 1648 et de la Diète perpétuelle). Tant dans l’Essai que dans les Annales, l’Empire est investi d’une double valeur de modèle et de contre-modèle. Alors que l’Empire postérieur aux traités de Westphalie de 1648 offre l’exemple d’une paradoxale et enviable stabilité grâce à l’équilibre des pouvoirs qu’il assure entre l’Empereur, la Diète et les prérogatives des souverains territoriaux (sans être toutefois, pour Voltaire, un modèle transposable à l’Europe entière qu’y voient l’abbé de Saint-Pierre et Rousseau), l’Empire médiéval de Voltaire, tout comme dans ses sources, réunit voire exacerbe à peu près toutes les tares de la féodalité. L’anarchie qu’elle engendre prend avec l’épisode de Canossa une dimension particulière, car elle se double de l’affrontement entre l’empereur (Henri IV) et le pape (Grégoire VII). Si le récit qu’en donnent les Annales, plus circonstancié, souligne avant tout l’affaiblissement de l’État qui en résulte, l’Essai, dans un récit dépouillé de tous les détails anecdotiques ou relatifs à la psychologie individuelle des deux protagonistes, montre la place de cet épisode dans l’histoire de l’Eglise.

Néanmoins, même dans ses pires moments et aspects, l’Empire ménage une place aux « libertés germaniques », grand thème de la réflexion politique des Lumières, et il a le mérite, par delà ses défauts, et dans sa pratique actuelle (non dans ses fondements juridiques), d’allier un système électif ("ce plus beau des droits", dit Voltaire dans l’Histoire de Charles XII) et une continuité dynastique qui en garantit la stabilité. Les réformes institutionnelles mises en place par Charles IV et Maximilien, qui à la fois renforcent et limitent le pouvoir impérial, sont l’objet d’un commentaire favorable, mais curieusement présentées d’une manière qui tait la part qu’y prirent ces deux empereurs Habsbourg, dans une sorte d’écho affaibli de l’antagonisme opposant les Bourbons à ces derniers.

 
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