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Jean Dagen, « Voltaire lecteur de Platon. »

vendredi 8 octobre 2010, par Admin

Revue Voltaire, 7 (2007), p. 205-221.
Jean Dagen, « Voltaire lecteur de Platon. »

Voltaire a-t-il jamais vraiment lu Platon ? À en juger d’après les marginalia des Platon de sa bibliothèque (OCV, t. 141), il semble qu’à l’époque où Mme Du Châtelet annote consciencieusement les deux volumes des Œuvres de Platon, traduites, préfacées généreusement, commentées et christianisées scrupuleusement par André Dacier, le savant helléniste critiquant sans indulgence, mais aussi sans parti pris, approuvant telle idée, admirant tel dialogue (l’Apologie), Voltaire ne manifeste guère d’appétence envers la philosophie grecque et notamment envers un Platon qu’il tient pour l’inventeur du spiritualisme dont se constituera la théologie chrétienne. On note en revanche, toujours d’après les marginalia, confrontés à plusieurs écrits de ses dernières années (après 1765 environ), une évolution de son jugement : dans cette période de sa vie où il interroge avec une insistance renouvelée l’histoire de la philosophie (il ne s’intéresse pas alors au seul Platon), Voltaire incline à se reconnaître un peu dans l’auteur de la République, voire du Timée. Non qu’il renonce à railler le « galimatias » du « raisonneur » grec, car il pointe volontiers certains passages du même Timée et du Phédon, lus ou relus dans l’édition de Marsile Ficin, mais il manifeste à plusieurs reprises un intérêt équitable pour le fondateur de la métaphysique, pour des thèses confortant celles que le vieux « philosophe » professe ou affecte de professer au nom de la morale ou de la politique. Voltaire rend à Platon son rang dans l’histoire de la pensée, avoue la dette de l’esprit humain à son égard, laissant aux théologiens la responsabilité d’interprétations abusives.

Revue Voltaire 7 (2007), pp.205-21.
[Jean Dagen, “Voltaire, a reader of Plato.”]

Did Voltaire ever truly read Plato ? Judging from the marginalia in Plato’s works in Voltaire’s library (OCV, Vol.141), it would seem that, just as Mme Du Châtelet was conscientiously annotating the two volumes of Plato’s Works, in the version translated, generously prefaced, commented and scrupulously christianised by André Dacier, the brilliant Hellenist who criticised firmly yet fairly, approving of this idea or admiring that dialogue (Apologie), Voltaire was not particularly drawn towards Greek philosophy or Plato, whom he considered to be the inventor of spiritualism, which eventually constituted the essence of Christian theology. However, given the evidence of the marginalia, when confronted with several writings of his later life (after c.1765), it would seem that his judgement evolves during that period of his life when he is questioning the history of philosophy with renewed insistence (without being interested solely in Plato), and Voltaire comes to recognise himself to some extent in the author of The Republic, or even the Timaeus. That does not mean that he had stopped mocking the “gibberish” of the “Greek reasoner”, since he points out certain passages from the same Timaeus or of Phaedo he read and reread in Marsilio Ficino’s edition, but he expresses several times an even-handed interest in the founder of metaphysics in those of his ideas that chimed in with those the old “philosopher” professed or feigned to profess in the name of morals or politics. Voltaire restores Plato to his rightful place in the history of thought, recognises the debt of the human mind to him, while leaving theologians responsible for the more wayward interpretations.

Traduction : Gilles Plante

 
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