Accueil du site > 3. Revue Voltaire > Résumés / texte intégral > C > Cronk Nicholas > Nicholas Cronk, « Voltaire (non-)lecteur de Nieuwentijt : la question des (...)

Nicholas Cronk, « Voltaire (non-)lecteur de Nieuwentijt : la question des causes finales dans la pensée voltairienne. »

jeudi 7 octobre 2010, par Admin

Revue Voltaire, 7 (2007), p. 169-181.
Nicholas Cronk, « Voltaire (non-)lecteur de Nieuwentijt : la question des causes finales dans la pensée voltairienne. »

L’ouvrage de Bernard Nieuwentijt intitulé Het regt gebruik (1715), publié pour la première fois en hollandais, puis traduit en anglais, en français (L’Existence de Dieu démontrée par les merveilles de la nature, 1725) et en allemand, a connu un retentissement considérable dans l’Europe de la première période des Lumières. Newtonien convaincu, Nieuwentijt s’est efforcé d’utiliser les preuves fournies par la science moderne pour démontrer que Dieu se manifeste dans tous les aspects de la nature (démarche qui relève de la « physico-théologie », selon l’expression anglaise). Cette position a fait l’objet de débats en France à partir des années 1740, notamment de la part de Diderot et de La Mettrie. On est par conséquent surpris que la première trace de lecture avérée laissée par Voltaire sur l’ouvrage de Nieuwentijt date au plus tôt des années 1760 voire probablement des années 1770. Ces notes marginales, qui se trouvent dans une édition de L’Existence de Dieu parue en 1760, ont été les premières annotations portées sur des ouvrages de la bibliothèque de Voltaire conservée à Saint-Pétersbourg historiquement publiées par Beuchot, en 1834, dans son édition des Œuvres complètes. Elles révèlent la défiance de Voltaire à l’égard d’un penseur qu’a priori, en tant que déiste, il aurait dû admirer. Les réflexions voltairiennes sur les causes finales se développent curieusement à contre-courant de celles de ses contemporains : il ne semble pas s’intéresser à Nieuwentijt dans les années 1720 et 1730, au moment où les ouvrages du médecin hollandais sont largement lus ; c’est en revanche dans les années 1770, lorsque les théories de Nieuwentijt ont été dépassées par des penseurs plus radicaux, que Voltaire prend le temps d’annoter son ouvrage, dans le cadre d’une campagne de plus vaste envergure visant à réfuter le Système de la nature. Le déisme de Voltaire n’a guère évolué au cours de sa vie et il fait apparaître, par cette particularité, l’évolution de la pensée contemporaine.

Revue Voltaire 7 (2007), pp.169-81.
[Nicholas Cronk, “Voltaire (non-)reader of Nieuwentijt : the issue of final causes in Voltaire’s thought.”]

Bernard Nieuwentijt’s Het regt gebruik (1715), which was first published in Dutch, then translated into English, and later into French (L’Existence de Dieu démontrée par les merveilles de la nature, 1725) and German, enjoyed considerable fame in early Enlightenment Europe. As a devoted Newtonian, Nieuwentijt sought to use the evidence of modern science to demonstrate how God is revealed in every aspect of nature (‘physico-theology’, as it was termed in England at the time). Those views were contested in France from the 1740s onwards, by Diderot and La Mettrie among others. It is surprising therefore that the first reliable evidence we have of Voltaire’s reading of Nieuwentijt dates from after 1760, and most probably from after 1770. Voltaire’s marginal notes on a 1760 edition of L’Existence de Dieu were the first annotations of a volume to be found of his library at St. Petersburg to be published (in the Beuchot edition of Voltaire’s Œuvres complètes, 1834). They show his mistrust of a thinker, whom in theory he, as a deist, should have admired. Voltaire’s own reflections about final causes are curiously out of step with those of his contemporaries : he apparently showed no interest for Nieuwentijt throughout the 1720s and 1730s, at a time when the Dutch doctor was widely read ; yet in the 1770s, at a time when Nieuwentijt had been overtaken by more radical thinkers, Voltaire takes the time to annotate him, as part of his broader campaign to refute the Système de la nature. Voltaire’s deism scarcely evolved during his lifetime, and in that way it serves to highlight the evolution of contemporary thought.

Traduction : Gilles Plante

 
Accueil | Société | Revue Voltaire | Actualité de la recherche | Documentation | Liens | Nous contacter | Devenez membre |
SPIP | | Plan du site | Mentions légales | Crédits | Suivre la vie du site RSS 2.0