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Bruno Bernard, « Voltaire et l’histoire nationale dans l’édition des Œuvres complètes de Louis-Émile Moland (1877-1885). »

jeudi 7 octobre 2010, par Admin

Revue Voltaire, 10 (2010), p. 145-155.
Bruno Bernard, « Voltaire et l’histoire nationale dans l’édition des Œuvres complètes de Louis-Émile Moland (1877-1885). »

En 1877, à l’approche du centenaire de la mort de Voltaire, débute chez « Garnier frères » la publication, par Louis-Émile Dieudonné Moland, d’une collection des Œuvres complètes de Voltaire qui comptera finalement, en 1885, 52 volumes in-quarto. Cette édition, bien que peu à peu remplacée par celle éditée depuis 1968 par la Voltaire Foundation d’Oxford, fait encore référence de nos jours.
Il est donc intéressant de se pencher sur la personnalité de Louis Moland (Saint-Omer, 1824 – Paris, 1899) qui, licencié en droit, a rapidement abandonné le barreau au profit d’une carrière littéraire finalement assez modeste (quelques ouvrages historiques, quelques romans) avant de réussir enfin comme éditeur des œuvres complètes de plusieurs grands écrivains dans la collection des « Classiques Français » chez Garnier.
Dans les Œuvres complètes de Voltaire, seules trois œuvres traitant de l’histoire de France – l’Essai sur les mœurs, Le Siècle de Louis XIV et l’Histoire du parlement de Paris – sont pourvues d’un « Avertissement » dans lequel Moland commente sommairement la genèse et le contenu du texte. Chaque fois, il reproduit également l’« Avertissement de Beuchot », son grand prédécesseur.
À propos du Siècle de Louis XIV, il rappelle par exemple que Voltaire l’a conçu « dans la fréquentation des hommes qui avaient vécu sous Louis XIV » et, après avoir évoqué l’accueil enthousiaste de contemporains « qui n’avaient rien de comparable à y opposer », il conclut par ces mots : « Le Siècle de Louis XIV est resté dans l’estime de la postérité à la hauteur où l’estime des contemporains l’avait placé : c’est une œuvre consacrée, un monument indestructible. » Et de citer alors, parmi les thuriféraires du Siècle, des auteurs aussi différents qu’Abel Villemain, Désiré Nisard ou encore Pierre-Joseph Proudhon.
En l’Essai sur les mœurs, il voit un « ouvrage important, caractéristique » de Voltaire, un « vigoureux Essai avec lequel il émancipa et passionna l’histoire et y introduisit tous les éléments de révolte qui étaient dans son esprit », un véritable « livre de combat ». Il est utile de rappeler ici qu’un éloge appuyé et sans nuances de la méthode et de l’écriture voltairiennes en matière d’histoire n’allait sans doute pas de soi en ce début de Troisième République. En effet, sans même évoquer les critiques des idéologues catholiques et conservateurs à propos du contenu des ouvrages historiques de Voltaire et des idées qu’il y exprime, sa méthode elle-même fait alors l’objet d’attaques régulières de la part de ses « confrères » historiens.
Si l’édition des Œuvres complètes de Voltaire n’a sans doute été, finalement, pour Louis Moland, qu’un travail parmi beaucoup d’autres, son admiration pour le Voltaire écrivain, philosophe, et même grand historien national, transparaît dans ses interventions et commentaires, mais elle ne semble à aucun moment avoir revêtu, de la part de ce catholique libéral et sans doute assez tiède républicain, un caractère véritablement militant.

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